| Issue No.: 4445 |
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| Mardi 18 Juin 2013 |
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Pierre Cherruau (Journaliste français): «Gbagbo compte toujours sur l’échiquier politique ivoirien» La Côte d’Ivoire a-t-elle tourné la page Laurent Gbagbo plus d’un an après la fin de la crise post-électorale comme l’auraient souhaité les nouvelles autorités ivoiriennes ? C’est une question d’importance à laquelle le journaliste Pierre Cherruau du journal en ligne Slate Afrique a répondu sans ambages par la négative, samedi dernier, au cours du magazine Afrique presse co-produit par Radio-France internationale (Rfi) et TV5 monde. «Il reçoit beaucoup (Ndlr : à La Haye) et puis apparemment, il garde une très grande influence sur le jeu politique ivoirien», affirme-t-il avant d’ajouter : «il y a un certain nombre de ses partisans qui lui demandent encore quelle stratégie qu’il faut développer ; donc, c’est vrai que Laurent Gbagbo est un homme qui compte toujours beaucoup sur l’échiquier politique ivoirien, il n’est pas simplement un élément du passé de la Côte d’Ivoire». Autour de Denise Epoté, l’animatrice du débat, Pierre Cherruau apparaissait presque comme un intrus qui essayait de traduire la réalité ivoirienne telle qu’elle est vécue actuellement. Surtout à côté d’un Christophe Boisbouvier (Rfi) qui s’échinait à décréditer la ligne de défense de Laurent Gbagbo à la veille d’une audience portant sur l’aptitude de l’ancien chef de l’Etat ivoirien à participer à la procédure engagée contre lui à La Haye. « Cela dit, il va bien aujourd’hui, les visiteurs qui viennent de le voir disent qu’il est alerte, il lit beaucoup ; il discute, apparemment, il est en bonne santé », se précipite-t-il à affirmer. Coupant la parole à Philippe Perdrix de Jeune Afrique qui évoquait fort à propos la maltraitance dont Laurent Gbagbo aurait été l’objet pendant ses six mois de détention à Korhogo particulièrement son enfermement prolongée sans possibilité de voir la lumière du jour. Mais également l’arthrose dont souffre Laurent Gbagbo. Pierre Cherruau n’a pas manqué d’évoquer ce qu’il a appelé «un raidissement chez une partie de la population qui a parfois l’impression que dans un certain nombre d’entreprises, les populations originaires du Sud sont marginalisées». Ce qui, selon lui, «certains Ivoiriens qui ne sont pas forcément des nostalgiques de Laurent Gbagbo se disent, est-ce qu’on n’aura pas besoin d’un homme politique qui nous défende davantage». Allusion très claire au fameux rattrapage ethnique (politique de discrimination) en faveur des originaires du nord dont M. Ouattara s’est fait le chantre. Christophe Boisbouvier, lui, essayait visiblement de convaincre l’auditoire que la question de l’inaptitude de Laurent Gbagbo n’est qu’une manœuvre dilatoire de la défense comme n’a pas hésité à l’affirmer Denise Epoté sans aucune preuve. Et surtout qu’une libération conditionnelle de Laurent Gbagbo n’était pas à l’ordre du jour. C’est d’ailleurs cette propension à discréditer la défense du président Gbagbo qui a amené Christophe Bouabouvier à inventer un troisième scénario possible à l’issue de l’audience à huis clos qui s’ouvre aujourd’hui. En effet, le journaliste de Rfi a affirmé que la juge Sylvia Fernandez De Gürmendi pourrait décider d’organiser un procès sans Laurent Gbagbo mais seulement en présence de son avocat si elle estimait que sa santé ne lui permettait pas de suivre la procédure. Or, la semaine dernière Gilbert Bitti, conseiller juridique principal à la section préliminaire de la Cpi, avait été très clair sur la question. C’est seulement, avait-il assuré, quand l’accusé est déclaré apte que le juge peut décider d’organiser un procès en l’absence de ce dernier quand celui-ci en fait la demande. « On ne va pas tenir une audience en son absence s’il est décidé qu’il n’est pas apte. S’il est apte, il peut demander à ce que l’audience ait lieu en son absence », avait déclaré M. Bitti dans une vidéo réalisée par la Cpi. Alors d’où vient cette troisième solution énoncée par Christophe Boisbouvier ? En tout état de cause, il est aujourd’hui certain que le cas Gbagbo met la Cpi dans un embarras dont elle a du mal à se sortir. Et c’est bien ce qu’a fait remarquer Philippe Perdrix de Jeune Afrique. « C’est vrai qu’il sera difficile à la Cpi de juger Laurent Gbagbo si parallèlement il n’y a pas d’autres enquêtes menées contre les Frci, contre les Com’zones dont on sait que certains éléments se sont rendus coupables de crimes de guerre », a-t-il affirmé. De fait, pour lui, « il y a un positionnement très compliqué pour la Cpi à tenir ; la ligne de crête est très étroite ». Finalement, en attendant d’être situé sur le sort de Laurent Gbagbo, la solution à la vague de violence qui secoue la Côte d’Ivoire, de l’avis de Christophe Boisbouvier se trouve entre les mains d’Alassane Ouattara. Il lui suggère tout simplement de libérer un certain nombre de prisonniers politiques. « Est-ce que parmi ces nombreux prisonniers, le pouvoir n’aurait pas intérêt à faire des gestes de libération pour essayer de calmer le jeu ?» se demande-t-il. Comme quoi, le choix du tout prison opéré par le pouvoir ivoirien commence à agacer même les plus chauds de ses partisans.
Augustin Kouyo, Rédacteur en chef
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