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Politique
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Voyage au cœur descamps de concentration: Silence, on torture sous Ouattara ! Par mesure de sécurité, il se fait appeler Adriel Azebedehi. Pris dans un des quartiers d’Abidjan par les Frci, forces armées pro- Ouattara, il a été torturé et promené à travers certains camps de concentration du régime Ouattara. Durant le calvaire qu’il a vécu, il en a beaucoup appris sur ces camps de concentration qu’il qualifie de « Dioulags », sûrement par analogie avec le mot « goulag ». Sauvé de la mort, il a décidé de livrer le récit de ce qu’il a vécu. Avec Adriel Azebedehi, on découvre davantage ce qu’Alassane Ouattara et son clan font subir à la Côte d’Ivoire et aux populations, depuis plus d’une année !
« Je me nomme Adriel Azebedehi. Je ne vous donnerai pas de détail sur l'endroit ni les conditions de mon enlèvement mais je vous ferai un récit complet du calvaire que j’ai vécu dans les camps de concentration du "Dioulag". Sachez que j'ai été enlevé par un groupe de Frci basé au camp 2 de Niangon km 17 sur dénonciation d'un groupe de personnes de notre quartier, simplement pour nuire à notre commerce. Ils sont arrivés dans un 4X4 et nous ont intimé l'ordre de les suivre jusqu'à leur camp pour savoir de quoi nous étions accusés. Arrivés, au camp 2 de Niangon, nous apprenons que nous sommes accusés d'"atteinte à la sureté d'Etat", d'entretenir des soldats subversifs basés à l’extérieur du pays, de tenir des réunions politiques dans le but de renverser le pouvoir en place. Lorsque j'ai entendu les chefs d'accusations, j'ai tout de suite pensé à une blague. Pendant qu'on nous interrogeait, d'autres gars enlevés un peu plus tôt que nous subissaient des sévices, des tortures : un des chefs appelé Moro Naba, un burkinabé, prenait des sachets et des morceaux de seaux en plastique, y mettait le feu et rependait le liquide brûlant sur le corps des suppliciés. L'odeur de la chair brulée se répandait dans tout le camp. Les cris, gémissements des prisonniers nous donnaient froid dans le dos. Un des suppliciés a reçu le liquide brûlant sur le dos, les cuisses et le sexe, il criait tellement qu'il en est devenu sourd. Plus tard, nous avons appris que nos codétenus étaient des soldats enlevés plusieurs jours plus tôt chez eux ou sur leurs lieux de service. Ils nous ont gardés sur place pendant plus de 10h sous le feu roulant des questions. Les questions des plus farfelues : qui nous arme, qui nous finance, où nous tenons nos réunions politiques, ou sont cachés les soldats rentrés d'exil, etc. Les coups pleuvaient de partout pour toute réponse non satisfaisante. On nous trainait sur une longue distance par les pieds dans la boue et nous étions obligés de faire des gymnastiques pendant des heures au bon vouloir des Frci dans des endroits qui avaient servi d'urinoir tellement le coin sentait l'urine. Lorsque le jour a pointé, nous avons fait le tour de toutes les questions posées la nuit et tous les sévices décrits plus haut. J'étais épuisé, je ne sentais presque plus les coups que je recevais : tout ce qui m'importait était de m'étendre pour prendre du souffle, j'étais sourd aux menaces et cris qui m'intimaient de m'asseoir. Vers 10 h, plusieurs chefs Frci se sont succédé pour nous informer que nous devrions être transférés vers une autre base. Nous avions peur parce que chaque base a ses méthodes de torture, moi je connaissais certaines bases de réputation, à part celle de Niangon, celle d’Adjamé, une des plus dangereuses, celle de Bingerville, celle d’Angré, et celle de Yopougon Selmer. Un véhicule est venu nous chercher, nous entassant à moitié nus dans une bâchée non couverte pour une destination que nous ne connaissions pas. L'inquiétude se lisait sur nos visages, parce que le véhicule évitait d'emprunter les grandes voies. Après plusieurs minutes, nous sommes débarqués dans le camp1 de Yopougons Selmer. Moins grand que celui de Niangon mais avec les mêmes bâches et hangars. Ici, il y avait un poste de police. C'est dans ce poste de police que nous sommes déversés et tout de suite des coups ont commencé à pleuvoir, cette fois de la part d'un policier très zélé qui a demandé qu'on nous enchaine. Nous sommes enchainés par les pieds quatre par quatre. Des heures durant, les questions et les coups pleuvent, des insultes de quelques policiers : surtout deux, un appelé Sniper, trapu et nerveux; un autre, baoulé, clair, un adjudant qui ne manquait pas de dire que nous étions bêtes de croire que nous pouvions libérer Gbagbo et tous les autres prisonniers, que même si la Cpi libérait Gbagbo lui et d'autres étaient prêts à le flinguer parce qu'ils auraient reçu de l'argent de l'Onuci pour ça et plein d'autres choses ridicules et injurieuses envers des communautés ethniques qu'il traitait de maudites. Dans ce camp, les sévices étaient journalières. On venait chercher des prisonniers pour les bastonner pendant plusieurs heures. Nous avions tous subi l'épreuve de la piscine : une grande barrique remplie d'eau dans laquelle on vous trempait la moitié du corps en vous soulevant par les pieds et les mains menottées dans le dos. On vous arrosait les reins de coups pour vous obliger à boire le maximum d'eau et cela tous les jours, tant que vous ne leur disiez pas ce qu'ils voulaient entendre. Tous les jours, il y avait un arrivage de nouvelles personnes parmi lesquelles des recrues Frci « indisciplinées » qu'ils disent vouloir punir. Dans ce camp, aucun parent n'avait le droit de vous voir ou de tenter d’entrer en contact avec les prisonniers. Pour éviter que les prisonniers soient localisés, on déplaçait certains sur d'autres sites. Pendant que les parents les croyaient à un endroit, ils étaient ailleurs. On rançonne les parents des prisonniers pour leur permettre d’espérer faire libérer leurs progénitures. Le montant de la rançon va de 350.000 fcfa par tête à plus. Si vous êtes un homme et que vous vous aventurez dans leur camp pour chercher à voir quelqu'un, vous êtes obligé de négocier votre sortie en même temps que celui pour lequel vous êtes y être entré. Sur le site de Yopougon-Selmer, on trouvait de tout : des militaires, gendarmes et policiers accusés de vouloir déstabiliser le régime en place ; des civiles accusés des mêmes raisons ou qui avaient eu des histoires avec des personnes d’ethnie Dioula (l’ethnie d’Alassane Ouattara, ndlr) ou même avec leurs femmes, ou encore ceux qui vont tenter de négocier la libération de leurs parents. Ainsi, un Monsieur, venu d'Europe, avait voulu plaider pour son frère, ils l'ont gardé prisonnier et l’ont obligé à payer la somme d’environ 2 millions fcfa. De plus, le plus grave, ils l'ont gardé et l'obligeaient à utiliser son véhicule pour faire leurs courses. Il était devenu leur chauffeur et financier. Tous les jours, il leur payait la nourriture accompagnée de champagne ou de liqueur de grande qualité. Ses tortionnaires ne mangeaient pas pour moins de 50.000 fcfa par jour. Lui, c'était un prisonnier « choco », enchainé au bureau de ses bourreaux pour dormir, cela pendant plusieurs jours. Il avait donc de la chance. Sinon, les autres prisonniers étaient enchainés toutes les nuits, quatre par quatre, avant de dormir. Il fallait pisser dans des bidons de sucrerie: malheur à celui qui avait une envie pressante : vous étiez obligés de réveiller vos codétenus qui vous accompagnent faire vos besoins dans un sachet, dans un coin du hangar qui vous sert de prison puisque vous êtes enchainés les uns aux autres jusqu'au petit matin. Un Wc et une douche pour tous les prisonniers étaient situés à environ une centaine de mètres. Vous vous faites accompagner par un garde qui vous laisse juste le temps de vous laver ou de faire vos besoins. Pas possible de faire les deux à la fois. Pour cela, vous pouviez vous laver tous les trois ou quatre jours quand vous aviez la chance, pour les corps habillés. Pour les civils, c'était plus pénible. La prière de groupe était interdite par l'adjudant.
Le camp 2
Ce camp de torture est basé à Yopougon-Niangon, sur la route de Dabou. Il est voisin du domaine de l'ambassadeur Georges Wognin. Il est immense et composé de plusieurs dizaines de tentes modernes servant de dortoirs, de bureaux administratifs, de locaux de soins de santé (infirmerie), de réfectoires, de cuisines, de salles de projection (avec télé), etc.
Le camp 1
Il est basé à Yopougon-Selmer sur le site du Village de la Liberté du Front populaire ivoirien (Fpi). Il est immense et composé également de plusieurs dizaines de tentes modernes servant de dortoirs, de bureaux administratifs, de locaux de soins de santé (infirmerie), de réfectoires, de cuisines, de salles de projection (avec télé), de bureau de police et de palais de justice où on vous juge et vous oblige à appeler le Frci, Président, etc. Il est très bien structuré avec des commandants, des lieutenants, des sergents, des caporaux et de nombreuses petites recrues sensées être des démobilisés. Le camp était, à l'origine, un camp de démobilisés mais il est plus utilisé comme camp de formation et de torture.
L'objectif
Ils emprisonnent dans ces camps pour rançonner les prisonniers, se faisant payer de cette façon leur butin de guerre. Des responsables des Ong de défense des droits de l’Homme et de l'Onuci sont informés des séances de torture mais personne n'en parle. Les journaux ne s'intéressent qu'aux prisonniers politiques de leurs bords. C'est dommage parce que ce sont d’innocents Ivoiriens qui subissent en ces lieux des sévices et tortures des plus dégradants, souvent de la part de Burkinabè et de Nigériens déclarant être venus se venger. De quoi ? Nul ne le sait. Il faut faire quelque chose pour ces prisonniers avant que le pire ne leur arrive ». Abidjan, le 21 juin 2012 Adriel Azebedehi Ancien pensionnaire des camps de Concentration d’Alassane Ouattara
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